PORTRAIT D’EXPAT: Scientifique québécoise à Singapour

Caroline Chénard à Singapour | © Caroline Chénard

Caroline Chénard, c’est ma cousine. Sa mère, c’est la grande sœur à mon père. Comme elle est native de Pointe-au-Père, dans le Bas-St-Laurent, et moi, de la Gaspésie, on se voyait seulement de temps à autre lorsque nous étions jeunes, principalement quand sa famille débarquait chez les Boudreau à Carleton-sur-Mer. On jouait alors sur l’immense terrain de nos grands-parents où se trouve toujours une ferme, quelques petits bâtiments et une magnifique maison centenaire. Mais la vie étant ce qu’elle est, on s’est un peu perdues de vue au fil des ans. Nos études et nos projets personnels nous ont amenées à différents endroits. La dernière fois que l’on s’est vues, c’était en 2003, aux funérailles de notre grand-père. C’était donc le temps de reconnecter avec Caroline, devenue expat à Singapour. C’est depuis le Bahreïn où j’ai enfin pu jaser avec ma cousine en Asie.

Ferme familiale chez-nos grands-parents Boudreau | © Nathalie Boudreau
Ferme familiale chez-nos grands-parents Boudreau | © Nathalie Boudreau

Cheminement scolaire

Caroline a passé de nombreuses années sur les bancs d’école d’un bout à l’autre du Canada. Elle détient un baccalauréat en biologie marine de l’Université de Dalhousie à Halifax, une maitrise en océanographie et un doctorat en océanographie de l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver où elle a notamment étudié les virus marins que l’on retrouve dans l’Arctique. Ses études l’ont amenée à vivre presqu’un an en Hollande pour un stage de recherche, à séjourner à trois reprises en Arctique et à participer à un projet spécial avec les États-Unis en Antarctique. Dre. Caroline Chénard est donc « Océanographe microbienne, mais on peut aussi dire scientifique-chercheure ! ».

Caroline Chénard lors de sa mission en Antarctique en 2010 | © Caroline Chénard
Caroline Chénard lors de sa mission en Antarctique en 2010 | © Caroline Chénard

Même si les régions polaires lui sont familières, c’est pourtant dans un climat chaud et humide qu’elle a posé ses valises après son doctorat. Avec son amoureux Xavier, qu’elle a rencontré à Vancouver, ils avaient le goût de partir vivre à l’étranger.

« On s’est tout simplement dit, pourquoi on ne va pas à Singapour ? ».

La ville de Singapour | © Pixabay
La ville de Singapour | © Pixabay

Il faut dire que Xavier, natif de la France, est un habitué de l’expatriation. Il a passé la majeure partie de son enfance en Asie avec ses parents. Il avait donc mis les pieds à Singapour de nombreuses fois. Mais il fallait trouver du boulot. L’expérience de Caroline en Antarctique a été doublement bénéfique. Elle y avait fait la rencontre d’un chercheur qui l’a mise en contact avec un collègue à Singapour, alors à la recherche d’une scientifique pour combler son équipe. Tout le processus de sélection se fait à distance. Elle déniche alors un emploi dans une université locale à titre de scientifique-chercheure.

Après avoir vendu tout ce qu’elle possédait au Canada, Caroline Chénard a pris la direction de l’Asie en 2014. Elle est arrivée seule à Singapour. Xavier n’avait pas encore d’emploi et « il voulait s’assurer que j’allais aimer ça avant ! ». Après trois mois, il est allé la rejoindre et s’est rapidement trouvé un emploi permanent dans le secteur maritime.

Caroline et Xavier à Singapour | © Caroline Chénard
Caroline et Xavier à Singapour | © Caroline Chénard

L’adaptation à la vie de Singapour

Si Caroline n’a pas eu de choc culturel en faisant l’épicerie à Singapour (il est possible de trouver d’excellents produits en provenance notamment de l’Australie et de la Malaisie), c’est plutôt le côté hygiénique du pays qui l’a marquée.

« Mon choc culturel, je pense que c’est le fait que c’est super propre ici ! Il y a des lois très strictes que l’on doit respecter. Par exemple, on n’a pas le droit de mâcher de la gomme, pas le droit de jeter des déchets sous peine d’amendes, pas le droit de faire des graffitis sous peine d’emprisonnement… Dans les stations de métro, ça sent le parfum et les gens attendent en ligne. Il n’y a pas de crimes ici. C’est un environnement très structuré. Je pense que c’est ça qui m’a « traumatisée » le plus ici ! »

La ville de Singapour | © Pixabay
La ville de Singapour | © Pixabay

Aux dires de Caroline, les gens sont très sympathiques et l’adaptation est relativement facile pour les expatriés originaires de l’Amérique du Nord et de l’Europe. « C’est une ville très riche et très sécuritaire. C’est comme vivre dans n’importe quelle ville européenne ou américaine. J’ai des amis étrangers mais aussi des amis singapouriens ».

Bateau sur Singapore River | © Caroline Chénard

La langue officielle est l’anglais, ce qui facilite grandement l’intégration. Dans les endroits publics, tout est inscrit en anglais, chinois, malais et indien. Il faut par contre s’adapter à la météo.

« Au début, tout ce qui était facile devenait une corvée car c’est toujours chaud et humide.

C’est comme la canicule qui ne finit plus ! ».

Saveurs singapouriennes

On dit que Singapour est reconnue pour sa gastronomie diversifiée et multiculturelle avec des inspirations provenant des cuisines malaise, indienne, indonésienne, chinoise, vietnamienne et thaïe.

Aire de restauration à The Shoppes à Marina Bay Sands à Singapour | © TEA, 123RF
Aire de restauration à The Shoppes à Marina Bay Sands à Singapour | © TEA / Banque d’images 123RF

« Les 6 premiers mois qu’on était ici, on ne se cuisinait presque pas ! On allait toujours dans les food courts ou les petits restos en bas des appartements, c’est super bon et ce n’est pas cher ! Mais après 6 mois de nouilles et de chicken rice, on a commencé à se faire à manger ! »

Exemple d'un Food Court à Singapoure | © Oliver Förstner / Banque d'images 123RF
Exemple d’un Food Court à Singapour | © Oliver Förstner / Banque d’images 123RF

Transports

Caroline et Xavier n’ont pas de voiture à Singapour et ils n’en veulent pas. « Le transport en commun est bien organisé, les taxis ne sont pas chers et les gens utilisent beaucoup Uber pour se promener. Car ici, en plus d’acheter la voiture, tu dois payer une licence au gouvernement au coût d’environ 100 000$ afin d’avoir le droit de te promener sur l’île ! » On peut comprendre leur décision !

Les transports en commun et les taxis sont développés à Singapour | © Lily Lvnatikk
Les taxis dans les rues de Singapour | © Lily Lvnatikk

Passion commune : plongée sous-marine

Le couple se passionne pour la plongée sous-marine. C’est une nouvelle passion pour Caroline qui a suivi sa formation à Singapour. Comme la visibilité des eaux n’est pas très bonne à Singapour, Caroline et Xavier partent environ un weekend par mois à Bali ou en Malaisie pour y pratiquer la plongée sous-marine. « On est juste à côté du Triangle de corail, c’est l’un des plus beaux endroits au monde pour faire de la plongée. On y voit des tortues, des mantas, toutes sortes de poissons, des coraux… ».

Ma réponse instantanée : « Il y a pire comme fins de semaine…! ». Caroline sourit et approuve ! « C’est aussi l’une des raisons pourquoi on aime être ici, c’est facile de voyager en Asie. On est à 2h d’avion de Bali, on peut aussi prendre un bateau et aller passer la fin de semaine en Indonésie, on est à 2h30 d’avion du Vietnam, 3h du Cambodge. »

Caroline et Xavier pendant une sortie en plongée sous-marine à Singapour | © GS Diving
Caroline et Xavier lors d’une sortie en plongée sous-marine à Singapour | © GS Diving

Lorsque le couple ne part pas en escapade, il en profite pour courir les samedis matins avec des amis, à manger au restaurant et à apprécier leur terre d’accueil. Caroline fait aussi des cours de bahasa indonésien (langue officielle de l’Indonésie) depuis l’été dernier afin qu’elle puisse entretenir de petites conversations avec les indonésiens lorsqu’elle y fait de la plongée.

Caroline lors d'une course à Singapour | © Caroline Chénard
Caroline lors d’une course à Singapour | © Caroline Chénard

Singapour : une expérience enrichissante

La vie d’expatriée de Caroline à Singapour a été très bénéfique pour sa carrière. « Comme je suis dans un plus petit laboratoire, j’ai beaucoup de responsabilités et il y a de belles opportunités car le gouvernement de Singapour axe beaucoup sur l’éducation. Il y a donc énormément de bourses et de subventions. Ici, les labos dans les écoles sont modernes et bien équipés. Les étudiants ont tout ce qu’ils veulent pour faire leurs recherches. N’importe qui au Canada serait jaloux d’avoir des labos comme ça ! »

Caroline apprécie et profite de sa vie à Singapour même si, par moment, elle avoue entretenir une relation « amour-haine » avec sa terre d’accueil. Malgré cela, elle ne s’imagine pas y passer le reste de ses jours. « Il nous reste environ un an ici. On va voir ! Je ne m’imagine pas vivre ailleurs en Asie. Je pense que lorsque l’expérience ici sera terminée, on aura envie de retourner au Canada, de retrouver les saisons. » Montréal et Vancouver font partie de leurs choix quoique « dès fois, l’Australie nous tente ! »

Caroline Chénard se trouve chanceuse et privilégiée de tout son cheminement parcouru depuis son Bas-St-Laurent natal. « À chaque endroit où j’ai habité, je me suis faite de très bons amis et ils sont devenus en quelque sorte ma famille adoptive ».

Caroline Chénard à XXX | © Caroline Chénard
Caroline Chénard au Vietnam | © Caroline Chénard

La prochaine fois que je reverrai ma cousine Caroline, ce sera certainement à Singapour ou à Bali et ce, dans un avenir rapproché !

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *